Ces yeux que l'on voit trop

Publié le par Léo Catonnet

Un cri étouffé avait avait brisé le silence dont la nuit avait nimbé le boulevard désert.

 

S'il vous plaît.


Une silhouette semblait glisser sur le bitume, comme de l'amarante. Ce n'était pas un s'il vous plait de casse-burne qui vient demander une clope. Non c'était une voix de fille, implorante.

Je mets à mal mes mâchoire de frein dans un bruit de ferraille pour arrêter mon vélo à sa hauteur. La fille est affublé d'un large sweat à capuche et d'un treillis taille 42 qui pèche avec la finesse de son visage dont je commençais à discerner les trait à mesure qu'elle s'approchait.


Savez-vous où se trouve l'hôtel de police, s'il vous plaît.


C'est à ce moment que je les vis, ses yeux. Ces yeux que j'avais déjà vu. Trop vu. Le halo du feu tricolore qui venait de passer au rouge derrière elle renforçait le dramatique que je donnais à la scène. Cette seconde me paru une heure, je suivis les lignes de son visage, imprimant son expression comme un film argentique.

Ces yeux ronds et lourds, noirs de haine et brillants de larmes. Je sentais une rage monter en moi, la même rage qui autrefois m'avait consumé, des envies de meurtre, de vengeance ; ce sentiment d'impuissance face a une détresse que l'on ne peut pas cerner totalement.

 

Je passe en mode automatique ; lui indique, du ton le plus gentil qu'une voix enrouée et fatiguée le peut, le chemin le plus court et le plus sûr. Elle me remercie, en esquissant un sourire grimaçant; avant de repartir aussitôt dans sa dérive solitaire.

J'aurais pu lui tendre mon téléphone pour qu'elle appel le 17, j'aurais pu lui proposer de troquer sa longue marche dans le froid glacial contre l'inconfort de mon porte bagage...

En filant sur la perspective vide de la ville endormie, je passais en revu les réactions que j'aurais pu, ou dû, avoir ; de la vertu la plus pure à la perfidie la plus infâme.

Mais non, j'avais juste été citoyen, au lieu d'être humain, j'avais juste été moi, accablé par une soirée de travail et pressé par la promesse d'un lit chaud.


Le lit chaud est là derrière moi, et j'écris ces frasques, et ma nuit sera hanté par ces yeux. Alors que je me blottirai contre l'oreiller, elle dérivera peut être encore. Et ce monde de dingue avec elle.

 

Jeudi, c'est la journée mondiale contre les violences faites aux femmes

 

 


R0011728

Madonna par JB Mondino - "dans le style de Hans Bellemer"

Commenter cet article

Cmjn 23/11/2010 11:18



J'ai fait splouch.



Léo Catonnet 26/11/2010 08:22



je like