Le condamné

Publié le par Léo Catonnet

Le changement. Beaucoup de choses ont changées. Depuis que je ne suis plus avec elle, bien sûr ; mais surtout depuis quelques mois, depuis que je la revois. Elle est comme à porté et pourtant toujours plus loin. Est-ce de ma faute cette fois ? Est-ce moi qui la fuis ? Et si c’est le cas, est-ce qu’elle me court après ?


Je ne sais pas trop. Je ne prends plus la vie comme un truc linéaire qui se déroule inexorablement vers l’overdose ou le cancer du foie. La vie est décidément quelque chose de trop complexe pour que toute forme de vie terrienne ne cerne son fonctionnement.

Je suis pas la pour parler du sens de la vie, même si pour dire ma pensée au passage, la vie n’a aucun sens.

Je suis là parce que je m’enfonce. Et paradoxalement plus je m’enfonce et plus j’écris des choses sympathiques. Quantitativement parlant.


 


Vous savez, je me fais peur. Vraiment, comme un type qui voit un horrible monstre dans un miroir en lieu et place de son sempiternel reflet. Je merde tout ce que je touche, et cela a commencé avec Juliette. Ca a commencé avec elle car avant je ne portais d’intérêt à rien, ou si peu. Et j’ai merdé parce que mon seul intérêt c’était de préserver notre bonheur, et non de construire le sien. Ce que j’aurais dû faire, vu la situation. Je nous ai laissé dérivés, et puis je suis tombé du radeau. Et depuis je me sens seul, paumé dans l’océan. Non pas dans un océan de chattes, comme dirait l’autre... Mais un océan vide et froid.


J’aime les femmes, bien évidemment. Mais depuis Juliette, je me déteste par dessus tout. Ce qui fait que toutes les femmes qui s’attachent un tantinet à moi passent pour des connes. Ce n’est pas de ma faute si l’image de Juliette reste collée sur ma rétine 99% du temps.

Ok, en fait si, c’est de ma faute. Je ne fais pas grand chose pour l’oublier. J’ai essayé, deux ou trois fois. Mais ce n’est pas viable, la dernière fois j’ai vraiment cru que j’allais y rester.


Toujours est-il que je l’aime encore.

Je n’aime pas le mot encore ça fait presque croire que cet amour n’a plus lieu d’être. Notre amour réciproque peut être pas, mais le mien est toujours là, justifié et légitime.

Cet amour est la seule chose qui compte pour moi. La seule chose qui me donne envie de me lever le matin, d’écrire, de me masturber, de vivre. Cet amour est désormais une part de moi, c’est lui qui me guide, qui me dit ce qui est bien ou pas. Parfois je le met en sourdine une nuit durant, mais il revient à la charge le lendemain avec comme armes la honte et la gueule de bois.


Peut être que je suis condamné à vivre ainsi, dénué d’intérêt pour une autre que Juliette. Non, je me condamne moi-même telle l'Angélique d'Ingres assouvissant les plus bas fantasmes Sadiens en une dramatique distorsion de son corps alors que ses deux poignets sont prisonniers d'un anneau unique, ce qui est bien sûr impossible, et donc feint.

Et oui, je choisi la voie du martyr, de celui qui est a la fois coupable de tout et victime du reste, victime de sa culpabilité sûrement. J'ai choisis de me condamner à aimer Juliette à perpétuité.

Toujours à subir les remontrances de mes poumons et de mon cœur qui partent en couille. Je suis prêt a continuer comme ça. Parce que si Juliette a réussit à faire entrer une choses, un enseignement, dans cette caboche détraquée, c’est de savoir rester fidèle à soit-même, et de rester digne face à ses pensées. Je m’y efforce. Je merde encore, mais je vais y arriver.

A moins que ma pauvre enveloppe charnel ne me laisse choir avant.




Images :

Dali - L'Ascension du Christ

Ingres - Roger délivrant Angélique

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