Groupe : Drive With a Dead Girl

Publié le par Léo Catonnet

Le lucullus, samedi soir, j’arrive en retard. Des gamins fument des clopes devant le bar. Je rentre, me rend directement dans la salle du fond. Il n’y a personne, si ce n’est le groupe qui commence doucement son concert. Le sol est couvert de pédales, le son est saturé. Je sourie déjà. Comment s’appelle ce groupe déjà ? Je cherche dans mes souvenir étiolés. Drive with a Dead Girl, c’est ça ! Je sourie de plus belle.

Sur scène, trois mecs, une nana. Proportion parfaite, que ce soit pour un groupe de rock ou pour un gang-bang. Et là, ça allait être une véritable orgie sonore. Le rack de guitare est plein à craquer : firebird, télécaster, stratocaster, les paul style et d’autres trucs plus exotique, le tout joué presque exclusivement sur des amplis Orange. Le grand kiff. Chaque guitare est utilisé à la perfection pour ses sonorités spécifiques. Pas de doute la-dessus : on a affaire à des connaisseurs pour ce qui est du bruit.

Les premiers morceaux font pulser mes tympans à la limite orgasmique du saignement auriculaire, le public entre puis ressort, le groupe fait peur. Surexité, les deux guitaristes balancent des rafales de déchirures soniques qui secouent notre perception, la déforme jusqu'à la sublimer. La chanteuse, par son apparente fragilité, a une terrible présence, stressante, angoissante. Sa voix, tantôt douce et lacérée de soubresaut d’angoisse, tantôt hurlante comme une Brody Dalle perdue dans une maison de poupée.
Le groupe, à géométrie variable, enchaîne les morceaux, qu’ils dédient "aux punks morts" ou encore "à Louis de Funès" (qui doit sacrément swinger dans sa tombe) Jusqu’au bout je reste bouche bée, jamais lassé par les sonorités du groupe.




Après quelques bières, un sympathique don de CD, une ou deux clopes échangées en discutant, je me décide à interviewer ce groupe. On se rassemble dans l'arrière-salle, je sort mon téléphone pour faire dictaphone et c’est partit :


Léo Catonnet : On va commencer par une question banale. Comment se compose le groupe ?

Alexia : Mathieu à la guitare.

Jean : Euh, moi basse et guitare, guitare et basse… et cris. Toi aussi tu cris.

Mathieu : Ouai, je chante aussi.

Hubert : Euh, batterie, flûte... Piano mais j’ai arrêté.

Jean : Nan nan arrête ! (rires général) Dans "Drive..." il fait de la batterie.

Alexia : Moi je fais de la basse, de la guitare et je chante, ça dépend des jours.


LC : De ce que j’ai entendu on sent beaucoup d’influence de Sonic Youth, qu’est ce qu’il y a d’autre qui vous influence dans la musique ?

Hubert : Ils vont dire les Warlocks.

Mathieu et Jean : Les Warlocks. (rire général)

H : Tu vois, je les devine. (rire)

M : Nirvana aussi.

J : faut dire que nos influences sont multiples et assez…(cherche ses mots)

M : Frustration.

J : Ouai y’a Frustration aussi !


LC : Et en dehors de la musique est-ce qu’il y a des trucs qui vous influencent, ou qui vous donnent envie d’écrire ?

(rire général)

M : Ouai bien-sûr.

H : C’est difficile à retracer ce genre d’influence.

(se tournant vers Alexia) : Et toi comment t’écris un texte ?

A : Je fais des cauchemars

H : Ah, ben ça c’est intéressant ! (rire général)



LC : Là on arrive à la question chiante, comment vous qualifiez votre musique ?

A : Ben… Shoegaze.

les autres : Naaan…

M : Rock noisy.

A : Un rock noisy, expérimental, punky.

J : Noise 

H : Ouais va pour noisy rock.


LC : Et dans vos prestation on a parfois l’impression, dans la façon dont interprétez les morceaux, que certains passage sont improvisés. Vous laissez une part d’improvisation ?

J : Alors tu t’adresse à des mathématiciens. C’est millimétré, c’est écrit. C’est des graphiques d’arborescences et de…

H : Mathieu… Prof de physique. (rire général)

M : Y’a des passage qui ne sont pas écrit mais qui sont pas non plus improvisés. C’est jamais complètement improvisé.

A : On sait ou l’on va atterrir.

H : C’est structuré. On sait où l’on va.

A : Après on y va de différentes façons.


LC : Est-ce qu’il y a un emmerdeur dans votre groupe ?

(tout le monde se tourne vers Jean – rire général)

J : Alexia ! Alexia.

M : Nan, y’en a trois, moi je suis un mec cool et y’a trois emmerdeurs.

H : En fait Jean il aime bien le son fort.

M : On fini tous par s’emmerder les un les autres.

J : Moi j’aime bien donner des coups de basse à Alexia.


(interruption par Lucas Gros)

Lucas : Salut Léo ca va ?

LC : Salut. Encore au Coca ?

Lucas : Ouai, j'en ai trop bu. Je vais faire un coca etylique ! (rire général)

(Lucas sort)


LC : Vous avez deux CDs, parlez-en un peu.

J : Y’en a un qu’est bien et l’autre moins bien.

H : Sur le disque noir y’a un enregistrement et des vieux morceaux donc c’est un peu disparate. Et le blanc est mieux enregistré et plus homogène. Plus abouti aussi.

M : Tu dis disque noir pour pas dire Black Album, en fait.

LC : Black album, White album… Ok ! (rire général)

A : Le premier enregistrement a été fait dans une cave, le second au rez-de-chaussée… Et le dernier dans le grenier

J : En fait on est monté.

M : Ouais, de la cave au grenier.


LC : Et au delà du grenier est-ce que vous avez des projets ?

A : Le toit maintenant.

M : Enregistrer tout les six mois. Sortir des CDs tout les six mois.

J : On va déjà enregistrer un nouveau truc en juin.

H : Y’a un truc qui peut être chiant c’est qu’a chaque fois qu’ils viennent en répète il disent "Ah ben tien j’ai sorti ça du tiroir". Parce que…

LC : Il ont des gros tiroirs ?

H : Ouais c’est ça ! (rires)

J : L’avantage c’est que rien que pour les guitare on est trois à composer. Du coup ça fait une avalanche de morceaux qui peuvent se succéder. Dès que y’en a un qui est fatigué y’en aura forcément un autre qui prendra la relève.

A : Surtout qu’on est jamais fatigués.

J : Ouais, en plus on est pas spécialement fatigués en ce moment.

M : On est très productifs.


LC : Ok. Vous avez un mot de la fin ? Un slogan ?

(silence)

(Jean imite le dauphin – rire général)





Le noir, comme on l'appelera, est le premier LP sorti par Drive With a Dead Girl. Il compile deux enregistrements. On pardonne aisément son coté patchwork puique on a face a nous pas moins de quinze titres.

Guitares stridentes, basse directrice, voix déchirée. On sent bien-sûr toute la vague no-wave ressortir ici, mais aussi un coté punk qui laisse parfois les murs de grosses guitares succèder à de subtiles couplets où les guitares sonnent comme des cloches subaquatiques. La voix, angoissée et violente, prend aux tripes dès le début, il manque l'attitude du live, mais on se la rend très bien, et l'on est envouté (ouai carrément) par cette voix qui semble à chaque seconde de chaque morceau lutter contre sa propre timidité pour exploser.

On retrouve dans cet album de longue intros, faussement legères, oppressante, que l'on aimerait voir en BO d'un étrange film d'horreur tourné a l'épaule dans le vieux Londres du dix-neuvième.

Long, halettant, sans cesse sur le déséquilible, il joue au funambule avec notre folie.


On aimera forcément :
"Lonely Road" Pour la pureté de la voix, et la légèreté de l'instrumental.
"Bella Cenda" Qui est un tube de punk-rock en puissance.
"Fuckin' Political" Parce que s'énerver c'est bon pour la santé.

Le blanc, en fait titré "3" est, comme l'a si bien dit le groupe, plus homogène. Les ambiances sont plus stables, il y a moins d'énormes contrastes entre phases expérimentales et gueulantes punk. Les sonoritées sont plus complètes, plus chaudes, moins fracturées.

Peut être moins déstabilisant bien que cultivant tout autant la dissonance. Plus expérimental et plus mature, cet album laisse présager un avenir radieux aux Drive With a Dead Girl, qui signent et montre qu'ils n'ont pas encore vidé leurs tiroirs.


On aimera forcément :

"Dirty Colours" Parce que c'est une claque, tout simplement.

"Berline" Pour le duo vocal, et les "r" roulés.

"Silly Song" Pour ses 19 minutes cauchemardesques.


 

 

 

 


Drive With a Dead Girl

Membres : Alexia (chant, guitare, basse) ; Jean (guitare, basse, chant) ; Mathieu (guitare, chant) ; Hubert (batterie)

Style : Noisy rock, Shoegaze

Viennent de : Lille, France

Label : Et pourtant ca avait bien commencé (etpourtantlabel.blogspot.com)



Aller écouter le groupe sur Myspace : myspace.com/drivewithdeadgirl

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Paul Fichtre 01/03/2009 20:11

Petite précision : "Et pourtant ça avait bien commencé..." est un micro label lillois qui accueille des tas de barbus qui vivent reculés dans une grotte et s'enregistrent grogner...

Léo Catonnet 01/03/2009 20:15


Waow ... Ca c'est énorme, je me renseignerait la prochaine fois, je rebidouille le truc.