Texte court : "Imposture"

Publié le par Léo Catonnet

La majeure partie des FAITS relatés dans ce texte ne sont que fiction.
Je préfère prévenir... Je fais pas le SAV !


Je vis dans une ville de province, trop petite et trop cosmopolite. Ou toutes classes sociales se mêlent, du moins en apparence. Si j’étais réac’ je dirais qu’on a même pas, comme les parisiens, de périph’ pour nous protéger des hordes barbares. Mais je suis pas réac’, alors coupez ça au montage, pour faire décent.
Pourquoi je dis ça ? Parce que je suis un imposteur, comme la moitié des gens de cette ville. Je traîne avec des gens riches, vivant dans de grandes et belles maisons, alors que mon père touche à peine plus que le SMIC et que je vis dans un quartier résidentiel glauque façon Liverpool des années soixante.

Mais bien sur c’est facile de jouer à ce petit jeu quand on est jeune et beau. Quelques sapes achetées en friperies, un peu de culture générale issue des journées de glande sur internet. De l’intérêt pour tout et rien à la fois. Il suffit de paraître.
Mais quand je serai vieux, je serai sûrement un pauvre con de smicard alcoolique, et le pire, c’est que géographiquement, je serai toujours dans ce carcan de petite ville, enfermé à jamais dans un huit-clos de mensonges.

Je ne suis pas défaitiste, mais mes tentatives pour rejoindre ce monde idyllique et pourtant si proche sont un peu vaines. Ecrire des romans, faire de la musique. Bosser comme un débile pour me payer des études de design… Pathétique comme une mouche qui voudrait s’échapper d’une toile d’araignée.

Je hais cette ville et en même temps je l’adore, je l’embrasse, je suis entouré de petit pions comme moi. Je suis entouré de filles de journalistes, de fils de propriétaires, de fils de riches. Moi je ne suis qu’un fils de pute bâtard. Voué à l’échec qu’a connu la moitié des gens de cette ville, celle qui aujourd’hui se fini dans les bars miteux en ressassant aux gamins encore rêveurs leur jeunesse trépidante. Je finirai vendeur, ou pire, employé de bureau, dans le sens le plus fadasse du terme.
Car je ne serai pas un gigolo toute ma vie. Quand je serai fripé et que ma connerie génétique aura rattrapé la culture autodidacte du mec cool et hype, il n’y aura plus moyen de faire des vagues dans un lit hydraulique en souillant une petite pétasse prétentieuse, que je baise contre de nouvelles sapes, un peu d’argent, ou simplement pour la remercier de m’avoir entretenu au bar toute la soirée.

Je fume des Lucky Strike, les allume avec un briquet Zippo, bois du bon vin à la bouteille, porte des fringues qu’un autre a porté dans les années soixante-dix, mange dans les resto chic, passe ma vie dans les bars branchés, suis abonné a Rock&Folk, ai un budget défonce plus long que mon salaire brut, n’écoute des albums qu’en vinyles, lis Lolita Pille et Despentes, dors rarement chez moi, joue de la basse dans un groupe de noisy pop…

Mais il faut aussi dire que je me ruine pour cette vie éphémère, que je garde les fonds de bouteille chez moi pour me saouler seul après, que je dors encore dans des draps South Park, que j’ai revendu mes mangas pour m’acheter des boots, que ma basse est une imitation sous-cheap d’une Fender Jazz-Bass, que mon régime alimentaire mélange les pâtes au jambon et la bouffe végétarienne, que Facebook fait ramer mon PC vétuste, que je crame mon forfait lilipute en une semaine, que je me colle des pains en me regardant dans le miroir… Je fais criser mes parents, déjà stressés au max par une vie de boulot, des factures et une machine a laver qui tombe en rade.

Et le pire, c’est que cette vie de merde me plait.
Je traverse le paysage de cette hype comme la navette spatiale américaine qui s’écraserait dans le pacifique. Je suis un pauvre con égocentrique, camouflé en société comme un caméléon sous acide. Je suis un mythe, une légende, un futur ex mec cool, un futur paumé …

Nan, je suis déjà paumé.

Publié dans Mes écrits

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S 27/02/2009 21:14

Je pense je trouve que ce recit n'est que sublimation (au sens chimique du terme ..) de ta propre vie.Cela dit c'est précisé dans l'introduction je sais,mais je trouve le concept...bof...
Bref,bise

Léo Catonnet 28/02/2009 03:47


Question pertinante : Connaîs-tu ma vie ?

Pour ce qui est du simple concept de ce texte, je dois avouer que je ne me suis pas fouler bien longtemps.
Mais ca fait du bien parfois de se lâcher d'une façon simple et vicérale, sans réfléchir à ce que ça va donner. C'est ce que j'ai aimé en relisant ce texte, sa simplicité et sa sincèrité.

Cette part de moi, indécise et sans cesse à tituber de gauche à droite d'une ligne blanche, est livrée ici brut de décoffrage, sans chichi sans passer par des personnages tordus.
Juste, moi...